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carnet de notes + atelier // christophe antiphon

Month: mars 2008

[005] champ de coton

“(…) Alors ne me refusez pas de me dire l’objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire ; et s’il s’agit de ne point blesser votre dignité, eh bien, dites-la comme on la dit à un arbre, ou face au mur d’une prison, ou dans la solitude d’un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ; de me la dire sans même me regarder. Car la vraie seule cruauté de cette heure du crépuscule où nous nous tenons tous les deux n’est pas qu’un homme blesse l’autre, ou le mutile, ou le torture, ou lui arrache les membres et la tête, ou même le fasse pleurer ; la vraie et terrible cruauté est celle de l’homme ou de l’animal qui rend l’homme ou l’animal inachevé, qui l’interrompt comme des points de suspension au milieu d’une phrase, qui se détourne de lui après l’avoir regardé, qui fait, de l’animal ou de l’homme, une erreur du regard, une erreur du jugement, une erreur, comme une lettre qu’on a commencée et qu’on froisse brutalement juste après avoir écrit la date. (…)”
B-M. Koltès, Dans la solitude des champs de coton, Editions de Minuit, 1986.

[004] intime

Je cherche dans l’extérieur toutes les traces que laisse l’intérieur, comment l’intime suinte du corps, à fleur de peau. La sensation de caresser l’intime, de respirer le même air, quand le corps devient gisement de l’intime, tombeau vide au souffle coupé.

« L’inconscient au bout des doigts… »

Le corps parle, et c’est d’une voix distincte – parallèle? – du discours de la parole, du langage.
L’Inconscient s’incarne dans le corps lequel lui sert de surface, de lieu, de manifeste ; le corps devient cet Inconscient, apparence, présence, histoire. L’Inconscient a trop tendance à tenir lieu d’âme, de strate supérieure. (à suivre)

“discorp”

[003] plus tard, les principes

Mettre de côté l’humilité et dire “je” ; sachant que ce “je” s’énonce sans règle, avec des principes très accomodants, et une disparition dans l’équivoque… “je” garde la possibilité de taire, de se contredire, de mentir, de changer de corps et de temps, au fil des mots et des numéros disséquer ce “je”.

Notes autour du secret

le secret fait l’être humain, l’humanité | au cœur de chaque existence | inavoué et souvent méconnu ou refoulé | le secret fait peur | il est l’intime dans son irréductibilité, tout à la fois fondement et destin | le secret est parole, il s’incarne dans les mots | confession : avouer le mal et être puni | confidence : partager en toute confiance | la trahison semble être la fin ultime du secret | le secret est une histoire | vérité ou mythe | murmurer, chuchoter, dévoiler, révéler | un trésor car forcément vrai | répétition est transmission | initiation | conspiration | le détail fait le secret | malédiction | lapsus | connaissance de l’écart | aveu qui reste à formuler | …

Concevoir un dispositif pour travailler le secret : collecter des secrets et les mélanger à de faux secrets. Seuls les initiés pourraient faire la distinction entre vrai et faux secret ? Le doute comme gardien de secrets. Etre d’un côté une oreille et susciter la confidence, et, d’un autre côté, donner envie d’inventer de faux secrets : fabriquer une parole d’aveu.
Dans les deux cas, avec ce mélange de paroles, aller au plus proche de l’intime.

[002] commencer par l’image

L’image est cet instant isolé, coupé du réel par sa surface. Le détail raconte à sa façon ce qui l’entoure, il est sa voix, le miroir à traverser. Le détail s’agrippe fermement à l’œil, s’impose par sa coupe. Il délire l’image, jusqu’à se prétendre l’image elle-même. Il est le commencent et la chute, fatalement traître.

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